PAR DAVID PHIPPS, Ph. D., MBA

Directeur général, Services de recherche et d’innovation, Université York

Le Canada figure depuis longtemps au-devant de la scène des bourses en mobilisation/transfert des connaissances et nous faisons dorénavant partie des rares pays qui investissent typiquement dans la pratique du transfert/de la mobilisation des connaissances dans le but de maximiser les diverses incidences de la recherche. Notre motivation est qui plus est animée par les bonnes raisons.

Lorsque vous faites un tour d’horizon international, vous trouvez de nombreux exemples d’investissements dont les activités en mobilisation/transfert de connaissances ont pour objectif de maximiser les incidences de la recherche. Le RECRAE est un excellent exemple de financement de mobilisation des connaissances et de mise en relation des données probantes issues de la recherche à l’utilisation de celle-ci par des partenaires n’appartenant pas au milieu universitaire comme les écoles, les conseils scolaires, le ministère de l’Éducation et des organismes à but non lucratif. Où se situent alors les systèmes nationaux d’incidence de recherche dans le monde?

(Image en anglais seulement)

global research impact

 

  • Au Royaume-Uni, le Research Excellence Framework (REF) équivaut à un exercice d’évaluation de l’incidence dont le champ d’études couvre le système d’enseignement dans son intégralité, lequel a incorporé le facteur d’incidence dans le cadre de l’exercice de 2014 et sera reproduit en 2021. En plus de l’incidence (25 % de la note totale du REF), le REF intègre une composante d’excellence en recherche et du contexte de recherche de l’établissement.

  • Aux Pays-Bas, the Standard Evaluation Protocol (SEP) correspond à un système d’auto-évaluation de l’établissement par l’intermédiaire duquel les établissements évaluent la qualité de la recherche de même que son incidence.

  • En Australie, l’Australian Research Council administre non seulement le cadre Excellence in Research Australia, mais il a même converti le projet pilote « Engagement and Impact » en une évaluation à l’échelle de tout le système : Engagement and Impact Assessment.

  • En Nouvelle-Zélande, alors que l’incidence est un élément facultatif du Performance Based Research Fundles chercheurs peuvent décrire les incidences que leur recherche a eues tout en exprimant clairement l’incidence qu’elle a eue sur le plan universitaire.

  • La Development Research Uptake for Sub Saharan Africa (DRUSSA) équivaut à une collaboration entre 24 universités africaines qui investissent dans l’intérêt que suscite la recherche (ce qui correspond à notre mobilisation des connaissances) de façon à ce que la recherche universitaire puisse servir aux communautés locales. Ce projet a vu le jour grâce à un financement du ministère du Développement international du R.-U. UK DfID et il est administré par l’Association of Commonwealth Universities.

  • Aux États-Unis, The National Alliance for Broader Impacts (NABI) est financé par la US National Science Foundation (NSF) en vue de soutenir le développement des incidences de la recherche. En plus des subventions de la NSF pour les matières STIM, l’U. Missouri Connector a étendu les relations entre les chercheurs et la société à toutes les matières.

  • Enfin au Canada, en plus de nombreux exemples comme le RECRAE, nous avons un réseau national d’incidence de la recherche, le Réseau Impact Recherche Canada (RIRC), réseau de 17 universités investissant en soutiens et en services créant les conditions nécessaires pour qu’il y ait une incidence.

C’est une bien belle liste internationale, et alors?

Derrière chaque système national, ce sont les canalisateurs qui suscitent le plus grand intérêt. Les systèmes d’incidence de la recherche au R.-U., aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande et en Australie sont dictés par des évaluations. Les universités doivent définir les répercussions que les universitaires engendrent, ce qui dans le cas du R.-U. et de la Nouvelle-Zélande conduit à du financement additionnel. Ceci crée une motivation de récompense, mais exerce également des contraintes et la possibilité de « miser » sur le système d’incidence : « gaming the impact system ». (En anglais seulement)

En ce qui concerne les universités au Canada, aux États-Unis et en Afrique, les « intentions » de l’incidence sont dictées par une mission et non par une évaluation. Dans ces pays, les universités créent les conditions pour que la recherche ait une incidence, et ce, parce que ceci concorde avec la mission de ces établissements et non parce que c’est une exigence qui leur est imposée par une directive provenant du gouvernement.

Qu’est-ce que cela signifie? Au Canada, cela signifie que nous nous consacrons à créer une incidence et moins à démontrer quelles incidences se sont produites. Au Canada, cela se traduit par l’existence de recherche fondamentale ayant pour objectif unique des incidences académiques. Cela signifie que des matières comme la cosmologie, les mathématiques, la philosophie, etc. peuvent être envisagées dans l’optique de découvrir de nouvelles connaissances sans que la recherche soit engagée uniquement dans l’objectif de créer une incidence. Cela signifie que dans l’éventualité où la recherche aura une incidence (comme la recherche en éducation), les universités intensifient leurs efforts afin d’apporter leur soutien (hébergeant des organisations comme le RECRAE).

Par contre, cela signifie également qu’au Canada, nous ne possédons pas de bons outils aux fins d’évaluation de l’incidence la recherche. Nous avons énormément de pratiques non confirmées, mais aucun instrument éprouvé visant à recueillir et à exprimer la preuve de l’incidence de la recherche. Il existe de ce fait une lacune dans notre capacité à prouver que les investissements publics dans la recherche font une différence pour les Canadiennes et les Canadiens. C’est une lacune que le Réseau Impact Recherche Canada cherche à combler. Nous avons apporté des changements importants aux lignes directrices d’évaluation de l’incidence du « UK REF 2014 » et à leur modèle d’étude de cas et y avons ajouté un guide pour mener des entretiens semi-dirigés résultant de l’analyse des contributions. À l’heure actuelle, l’unité de mobilisation des connaissances de l’Université York collabore avec Kids Brain Health Network dans le but de tester cet outil.

Les résultats de cette mise à l’essai seront publiés sur le blogue du Réseau Impact Recherche Canada, alors soyez à l’écoute!


À PROPOS DE L’AUTEURE

Dr Phipps gère au nom de l’Université York toutes les subventions et les ententes de recherche, y compris en ce qui a trait au transfert de technologie et de connaissances. Il est le récipiendaire de nombreux prix et distinctions de l’Association canadienne des administrateurs et administratrices de recherche (ACAAR), de l’Institut pour la mobilisation des connaissances ainsi que du Knowledge Economy Network, réseau établi en Union européenne. Ses travaux en mobilisation des connaissances lui ont valu la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II. Il a été reconnu comme étant le mobilisateur de connaissances le plus influent au Canada. Il est le responsable du transfert des connaissances (KT Lead) au Kids Brain Health Network et directeur de réseau du Réseau Impact Recherche Canada.