PAR KATINA POLLOCK, CAROL CAMPBELL, KELLY BAIROS ET SHASTA CARR-HARRIS

En juillet 2016, Sandra Nutley a rédigé un blogue pour RECRAE intitulé, Using research to shape knowledge mobilisation practice (Usage de la recherche pour façonner la pratique de mobilisation de connaissances). Sandra Nutley observait sur ce blogue que bien qu’il y ait de plus en plus d’initiatives de mobilisation des connaissances dédiées à favoriser et à améliorer l’utilisation de la recherche, elle notait un paradoxe selon lequel « nombre de ces initiatives aient de la difficulté à démontrer que leurs propres pratiques de mobilisation des connaissances sont elles-mêmes influencées par la recherche et  en phase avec la meilleure recherche disponible sur la manière d’accroître l’usage de la recherche ». Sandra Nutley faisait référence à plusieurs principes qui sont ressortis de l’évaluation de documentation (2016) qu’elle-même, Huw Davies et Alison Powell avaient effectuée et qui explorait les plus récentes pensées et preuves empiriques à propos de pratiques exemplaires. Bien que Sandra Nutley indique que RECRAE constituait l’exception à la pratique actuelle, nous, le Secrétariat du RECRAE, avons réfléchi à ce paradoxe et nous sommes demandées, comment pouvons-nous prouver que nous avons suivi ces principes à partir de l’évaluation de la documentation effectuée par Sandra Nutley et ses collègues? Pouvons-nous démontrer que nos propres décisions entourant le KNAER-RECRAE d’origine étaient éclairées à partir de données probantes et que nous avons poursuivies de le faire avec le renouvellement du RECRAE? Au fond, avons-nous « mis en pratique ce que nous prêchons » en matière d’avoir recours à la recherche pour influencer notre pratique? 

Principe no 1 — Mettre en contact les chercheurs et les utilisateurs de recherche

Le RECRAE initial était actif entre 2010 et 2014 et comptait 44 projets de mobilisation des connaissances. Chaque projet avait été sélectionné par le biais d’un processus de décision d’un jury qui comportait un appel de propositions comprenant des lignes directrices spécifiques quant aux candidatures. Conformément à ces lignes directrices, il était attendu que chaque projet contienne plusieurs partenaires ou partenariats. Ajouté à ces partenariats, il devait y avoir une collaboration avec au minimum un chercheur universitaire dans le cadre du projet. L’analyse de nos rapports finaux a indiqué que la majorité des projets étaient d’une manière ou d’une autre liés à des chercheurs soit par l’intermédiaire d’universités, de collèges, d’organisations de santé ou de services de recherche de conseils scolaires. On attendait également de ces projets qu’ils établissent des liens avec des praticiens : beaucoup d’entre eux l’ont fait en travaillant avec des conseils scolaires et des associations d’enseignants ou de directions d’école en tant que courtiers pour les éducateurs du secteur.

 

KNAERupdatedNov2016
 

Principe no 2 — Reconnaître l’importance du contexte

Nous avions compris que dans ce cas-ci le contexte signifiait le secteur de l’éducation publique en Ontario. Par conséquent, RECRAE a reconnu l’importance du contexte de l’éducation publique en Ontario de plusieurs manières. L’initiative initiale RECRAE avait sélectionné des projets de mobilisation des connaissances qui étaient axés sur les quatre domaines (de l’époque) des priorités du ministère : Enseignement et apprentissage, Transition, Équité et Engagement. Ceci était expressément l’un des critères utilisés pour juger les plus de 100 soumissions de propositions. Comme il en ressort dans le Principe numéro un, tous les projets de mobilisation des connaissances comprenaient des partenariats avec une combinaison d’intermédiaires provinciaux ou locaux comme notamment la Learning Disabilities Association of Ontario et le Peel District School Board. Ces intermédiaires travaillent en étroite collaboration avec les éducateurs du secteur et sont au courant des tendances et des défis actuels en éducation dans ce domaine en particulier. En dernier lieu, même si tous les projets correspondaient à au moins un de ces quatre domaines prioritaires d’alors, le véritable enjeu éducatif étant abordé variait considérablement. Cette gamme variée de thèmes (voir ci-après) émanait de préoccupations et besoins locaux.

 

Éducation autochtone

Éducation artistique

Gestion de classe

Éducation de la petite enfance

Éducation dans le Nord

Apprenantes et apprenants de la langue anglaise

Équité et éducation inclusive

Éducation en langue française

Mobilisation des connaissances

Leadership

Enseignement des mathématiques

Santé mentale

Apprentissage multimodal

Santé physique

Enseignement des sciences

Éducation de l’enfance en difficulté

Engagement des parties intéressées

Identité des élèves

 

Principe no 3 — Être conscient des besoins des utilisateurs de la recherche

Durant les deux années de RECRAE (2010–2012), davantage de consultation a été effectuée auprès des éducateurs, des chercheurs, des groupes d’intermédiaires et des parents et il est devenu évident que bien que les chefs des projets qui avaient été retenus s’y connaissaient bien en mobilisation des connaissances, en général il n’y avait pas une bonne compréhension de la mobilisation des connaissances dans l’ensemble du secteur de l’éducation. C’est la raison pour laquelle le RECRAE a commencé à appuyer le perfectionnement professionnel concernant la mobilisation des connaissances. Nous avons en particulier créé des ressources sur la manière d’élaborer un plan efficace de mobilisation des connaissances comme notamment : Tips for Knowledge mobilization planning et Write a short research summary pour notre principal public. Nous avons également reconverti le site Web RECRAE et préparé une trousse à outils qui rassemblait les ressources créées par le RECRAE. Cette trousse à outils se concentrait principalement sur des ressources applicables à l’axe du contenu des divers projets de mobilisation des connaissances. Par exemple, un projet axé sur les mathématiques par Shelley Yearley, Trish Steele et Cathy Bruce et leurs partenaires, intitulé Exploring Learning and Differentiated Instruction for the Difficult to Learn Topic of Grade 6 Fractions Using Teacher-Coach-Research-Developer Networking, ont plusieurs ressources utiles dans la trousse à outils, y compris une revue de la littérature, une fiche de renseignements et leur propre trousse à outils.
 
Un autre exemple est le projet Our Kids Network : Taking Research to Practice, qui incluait un partenaire universitaire (Charles Sturt University), un réseau provincial (Our Kids Network), un conseil scolaire (Halton District School Board), plusieurs agences de santé (Halton Region Children’s Services and Department of Health, ErinOakKids Centre for Treatment and Development), l’Halton Police et plusieurs partenaires communautaires (Halton Children’s Aid Society, ROCK Reach Out Centre for Kids, Halton Multicultural Council). Le projet OKN avait pour objectif d’accroître la capacité à utiliser la recherche, de renforcer le partenariat intersectoriel en passant de la recherche à la pratique, de maintenir l’engagement avec des parties prenantes internes et externes et de répondre de manière plus efficace aux enjeux auxquels les enfants, les jeunes et leur famille sont confrontés dans la région d’Halton et de compter sur la force, les ressources et les connaissances de leurs réseaux et partenaires pour y parvenir. Leurs ressources qui se trouvent dans la trousse à outils RECRAE comprennent un rapport, une vidéo en ligne, une trousse à outils et une communauté de pratique virtuelle, et un site Web.

 

Principe no 4 — Puiser dans toute une gamme de types de connaissances, et non seulement les connaissances issues de la recherche

Certains différents types de connaissances se trouvent dans les 44 projets du RECRAE. Du fait que la majorité des thèmes des projets ont été motivés par des communautés et praticiens locaux étant liés au secteur de l’éducation, les connaissances des praticiens et de la communauté ont servi en grande partie à contribuer à la pratique. Un exemple de projet basé dans la communauté est Kimaaciihtoomin E-Anishinaabe-Kikinoo’amaageyak (Commencer à enseigner d’après un modèle autochtone), un projet de Jean-Paul Restoule et de ses partenaires, dont le Toronto District School Board et son Aboriginal Education Center. Ce projet était axé sur l’intégration des perspectives autochtones en salle de classe et il comprend de nombreuses ressources disponibles dans la trousse à outils, dont plusieurs présentations, articles, une trousse à outils, des vidéos en ligne, et un site Web.

Principe no 5 — Tester et évaluer les interventions

Nous interprétons ce principe « Tester et évaluer les interventions » comme voulant dire : est-ce que nos efforts ont produit l’un des résultats que nous anticipions?. Il a été difficile de déterminer un seul type d’évaluation systématique pour l’initiative RECRAE dans son ensemble parce que chaque projet de mobilisation des connaissances de RECRAE s’intéressait à un enjeu différent en éducation et abordait chacun d’eux de manière singulière et comprenait divers partenaires. Cependant, chaque projet a essayé de soumettre un rapport sur l’incidence, le degré d’influence, d’enregistrer les produits et les résultats et nous avons tenté de fournir un récit clair de l’initiative dans son ensemble dans le rapport final. Un évaluateur externe a procédé à une évaluation de l’initiative au complet et a conclu que RECRAE était une initiative innovatrice (« trailblazing ») (McGuire, Zorie, et Frank, 2014, p. 9). De plus, nous avons effectué un examen de l’utilité de RECRAE, une revue de la littérature, des entrevues avec des experts en mobilisation des connaissances et avons tenu des séances de planification avec diverses parties prenantes aux fins de la rédaction de notre rapport final. Le rapport final de RECRAE est notre évaluation interne ultime et correspond aux leçons apprises sur RECRAE (2010–2014). Ce rapport final a été (et est) à la base du renouvellement de l’initiative RECRAE.

Principe no 6 — Donner aux pratiques futures les connaissances acquises après une évaluation

Dernier principe, mais pas le moindre, Sandra Nutley a déclaré qu’une autre pratique efficace mentionnée dans la littérature était de se servir des connaissances récoltées à partir des évaluations afin de contribuer à des pratiques futures. Comme mentionné au Principe six, nous avons préparé un rapport final détaillé du RECRAE initial (2010–2014) dans lequel nous avons pris en compte les résultats de l’évaluation externe, notre propre revue de littérature, les entrevues avec les experts, les discussions virtuelles et les séances de planification en vue d’élaborer un modèle de démarche systémique qui a été proposé au ministère de l’Éducation de l’Ontario à des fins de refonte du RECRAE. Le ministère de l’Éducation de l’Ontario a accepté ce modèle et s’en est servi comme cadre du RECRAE renouvelé qui a été lancé à l’automne 2016. Pour en savoir plus sur les leçons que nous avons apprises et les recommandations concernant le RECRAE renouvelé, consultez notre rapport final. (disponible en anglais seulement)
KNAER II Model 2016-11-15

 

Maintenant, retournons à la question que nous nous sommes posée plus tôt sur ce blogue : avons-nous mis en pratique ce que nous prêchons? Comme nous l’avons démontré dans ce blogue, nous sommes d’avis qu’à des degrés divers nous avons mis en pratique ce que nous avons prêché. Peut-être que la question la plus pertinente à se poser est de quelle manière continuerons-nous de retenir des enseignements que nous avons tirés et les appliquerons-nous aux nouveaux défis qui émanent du modèle révisé de démarche systémique alors que nous progressons ? Comment connaîtrons-nous l’impact de l’application de ce nouveau savoir et de cette nouvelle compréhension?